Notre Philosophie


Rembrandt van Rijn (1606-1669) - Le philosophe en méditation


Par Jean-Jacques Cesbron

Peindre, sculpter… Oui.
Mais quoi et surtout pourquoi ? Je n’oserais dire pour qui.
Tout, à sa façon, peut tenter d’exister en se montrant, à la condition préférable de réfléchir l’homme tout entier, la société tout entière où nous vivons. L’art s’est pensé et repensé pour (é)veiller au spectacle de la nature, divine comme humaine, à notre inscription dans le temps, dans un lieu, dans le hasard, puis aussi pour garder en conscience la présence de tous les dangers qui nous menacent, à commencer par celui d’oublier le fracas du monde, la prolifération de son vide, de ses horreurs, l’accumulation de ses techniques, le règne obsolescent de ses objets, de ses biens matériels, dût-il et surtout pour ce faire ne fuir aucune audace, aucun excès.
Vous souvenez-vous, si lointain déjà, de Joachim du Bellay ? : « Celuy sera véritablement le poète que je cherche, qui me fera indigner, apaiser, esjouir, douloir, aymer, haïr, admirer, estonner ! »…

Voilà ce qu’il faudrait pouvoir encore attendre de l’art, sous toutes ses formes, pourvu qu’elles inventent et se signifient. Son expérience interne. Voilà ce que chaque artiste avant de saisir ses outils devrait avoir à l’esprit, rien qu’en tête. Immergé dans notre présent. Pour exprimer ce besoin de "contemporanéité" de l’art, transmettre subjectivement ce que chacun voudrait ressentir sans le pouvoir nommer ni faire à sa place.

Pour redonner confiance encore en l’art, pour lui rendre peut-être sa signification essentielle, comme en nous-mêmes.

Nous avons besoin de ces artistes que les difformités comme la beauté du monde n’effraient pas et qui veulent, sans cesse, nous les rappeler, nous en avertir, sans déguisements ni décors, ni la moindre peur des dissonances. Jusque dans les choses les plus familières, les plus vivantes, les objets les plus ordinaires, les « scènes » ou paysages mêmes, dans leur grandeur nature.

Si déjà dans le dernier Salon de Printemps nous avons pu croiser de ces œuvres qui nous parlent et nous pénètrent, de celles qui cherchent selon le désir de Giacometti à propos du dernier Braque « … à arrêter sur une toile - dans une sculpture - pour un peu plus de temps, pour le plus longtemps possible, une parcelle de toutes ces choses et de lui-même et des autres... cherchant à sauver quelque chose de l'immense noir béant qui les entoure, les entame de toutes parts... » nous devons persévérer dans cette voie, espérer que des artistes de plus en plus nombreux sauront s’y attacher, chacun à sa manière.